Pour
commencer, dressons l’état des lieux.
Une
tribu gauloise, les Rèmes (traduire par « les Premiers ») venus de
Belgique est venu s’installer dans la région d’abord prés de Condé sur Suippe au
nord de Reims que les historiens appellent « vieux Reims ». Puis à la
suite de différents armés avec leur voisin, la tribu des Suessonnes (Soissons)
Ils se sont réfugiés sur le mont de Berru. Profitant d’une accalmie, les Rèmes
sont redescendus dans la plaine environ 300 ans avant JC. Ils ont construit une
cité en bordure d’une rivière, la Vesle (dont le nom vient du gaulois
« Vidula » la rivière dans la forêt – ou « Vesula » du nom
d’une divinité romaine) qui musardait dans un large lit marécageux allant de la
rue de Talleyrand actuelle à l’est à la montagne Sainte Geneviève à l’ouest et
de Fléchambault au sud à Clairmarais au nord. Ils ont baptisé cet oppidum du nom de Durocorter
en celte gaulois puis Durocortorum en latin (la forteresse ronde) Cet espace
était le royaume des jardiniers jusqu’en 1190. Ils y cultivaient des plantes
potagères dont les joutes ou joustes, sorte de bettes. Ces plantes à propriété
laxative étaient très prisées par les gens de l’époque mais bien oubliées
actuellement. Ce terrain était appelé « la Couture » ou la Culture en
Français moderne. Il garda ce nom jusqu’en 1850.
Au
cours du premier siècle après JC, un rempart fut construit. Il consistait en
une levée de terre d’environ 10 mètres de haut surmontée d’une palissade et précédée
d’un fossé de 40 mètres de large. Au 2ème siècle, la Gaule fut
investi par les légions romaines sous les ordres de Jules César. Elles
rencontrèrent l’hostilité de tous les peuples gaulois traversés sauf sur le
territoire des Rèmes qui leur firent allégeance. Ce dont ils tirèrent grand
profit dans le cadre de la « Pax Romana ». L’empereur Auguste divisa
ses nouvelles conquêtes en 3 parties dont la Belgique Seconde dont il fit de
Durocortorum la capitale. Les romains construisirent un camp rectangulaire au
nord de la cité et d’une superficie au moins égale à celle de la cité. On y
trouvait des casernes, des écuries, des magasins. Ce camp pouvait contenir
l’équivalent de plusieurs légions venant au repos après des opérations sur le
Rhin.
Au 3ème
siècle, pour tenir compte de l’accroissement démographique de la ville, un
nouveau rempart fut construit.
Nous sommes arrivés au bout de
l’époque antique. Faisons un bond de quelques siècles, jusqu’au 12ème
et plus précisément en 1182. A cette
date, l’archevêque Guillaume aux Blanches Mains, (1135-1202) oncle de Philippe
Auguste fut nommé à la tête du diocèse
de Reims. Une de ses premières décisions fut de prévoir un terrain dans la Couture d’environ 50 mètres sur 350
pour y regrouper tous les métiers bruyants de la cité : forgerons,
chaudronniers, tonneliers, charrons, serruriers, menuisiers et autres. Sur le
pourtour, des habitations, que devait
fournir le conseil de ville, étaient établies sur des loges ; il
s’agissait d’espaces en retrait de l’étage supérieur qui était supporté par des
poutres. Notons que ce mot de « loge » d’origine germanique a donné
« logis » en français. Leurs occupants avaient le droit de creuser
des puits et de construire un escalier. Certaines loges furent appelées au 17ème
siècle loges des toiles car elles étaient occupées par des marchands toiliers,
étoffes et chanvre et étaient regroupées à droite de la rue de Thillois qui
était connue sous le nom de Tilloy depuis 1183. Signalons que le nom de la rue
amenait 2 explications : elle allait dans la direction du village du même
nom ou venait du vieux français Til ou Thil, écorce dont on faisait les cordes
de puits. La proximité avec les loges des toiles accréditerait cette 2ème
version. On trouvait aussi la loge de l’archevêque ou le bailli ducal rendait
la justice pendant les foires.
Le terrain du d’abord être asséché. Il était en 1183
parcouru par un ruisseau, un des nombreux bras de la Vesle non canalisée. La
place était située en dehors des
remparts du 3ème siècle et ce n’est qu’au 14ème siècle
qu’elle fut incluse dans le nouveau rempart. Pour le lotir rapidement
l’archevêque eut recours à un processus courant à l’époque : il accorda
certaines libertés et autonomie pour les choses courantes aux occupants et
l’édification d’une mairie comme celles de Venise ou de Clairmarais. Il se réservait les droits de Haute et Basse
Justice.
Notons que lors de la reconstruction
de la ville détruite pendant la première guerre mondiale, les architectes ont
conservé ce style de loges entre la rue Condorcet, la rue de l’Etape et le
cinéma Gaumont et, de l’autre côté, entre la rue de Thillois et la rue
Chativesle.
En 1183, l’archevêque vendit à la
commune le reste du terrain de la Couture pour une somme modique. De plus, il
octroya aux habitants une charte libérale appelée la « Wilhelmine » qui
leur permettait de s’administrer eux-mêmes pour les choses courantes. Il était
surtout préoccupé de maintenir la paix civile avec les habitants. Le populaire
appliqua bientôt un surnom ironique à la milice bourgeoise de ce nouveau
quartier, elle fut appelée « Royale Carotte »
Parmi les décisions prises par le
conseil municipal, notons un arrêté du 02/07/1821 où il est fait défense à tout
individu de conduire des bêtes de somme, brouettes ferrées et autre sous les
loges. Un autre arrêté du 12/12/1842
interdisait l’accès des loges aux filles publiques.
Depuis sa création jusqu’à son
baptême comme place d’Erlon, elle porta plusieurs noms concomitants ou successifs sur tout ou
parties de la place.
Il y eut
- la place de la Couture
- La rue de la Nouvelle
Couture
- Le quarrel Reinier
Buiron (au 15ème et 16ème
siècle) du nom d’un habitant.
- Rue de la Porte Buiron
- Rue du Franc Jardin
- Rue du Franc Quarré (ou
Carré en 1864) entre Thillois et Buirette.
Ou
- Rue du Franc Jardin de la
Coulture (en 1602)
- Quarré de
Pellerin-Bataille (ou Carré) en 1358.
En dernier ressort : appellations non officielles :
- Cour d’Erlon (guide
Michelin 1900)
- Place Saint Jacques (en
1910)
Au milieu de la place
- La Croisée de la Couture
(au croisement de la Couture, la rue Large
et la rue de l’Etape).
Au début de la place, au sud, on trouve la rue Marx Dormoy qui donne accès à la rue de Vesle qui recouvre le Décumanus Romain. On y trouve l’église Saint Jacques.
De l’autre côté (vers la gare, la place était fermée par des portes)
Soit
- porte Raguenaire-Buiron connue au 14ème siècle (Géruzez)
- porte Ragenaire-Buiron
fermée en 1359 (Tarbé)
- porte Regnier-Buiron (au
14ème siècle)
Ou
- porte Regnier-Buyron (au 15ème
siècle)
- Plate-forme Saint
Jacques en 1651 pour donner accès aux Promenades et qui pouvait être
équipée de canons. Elle était entourée
d’un rempart crénelé et de meurtrières.
- Porte Royale. En 1740,
Louis XV y est passé à son retour de la bataille des Flandres.
- porte Neuve. Grille
construite en 1839, baptisée le 29/07/1844 et disparue en 1848. Cette porte fut aussi
appelée porte de la Couture ou porte des Promenades.
La place est toujours la plus grande place de la ville : 365mètres X 42mètres.
Tout nouveau quartier qui se
respecte devait, au moyen âge avoir son église. Elle fut commencée en 1190 et terminée en 1270. C’est le seul
exemple d’église à façade-écran du nord de la France. C’est la plus vieille
église de Reims après Saint Remi. Elle fut appelée un temps Saint Jacques le joutier
ou le Joustier puis Saint jacques le
Majeur pour la différencier d’une autre église Saint Jacques. Le clocher ruiné
en 1548 fut reconstruit et l’église agrandie. Elle ne fut pas détruite à la
Révolution : le conseil municipal ayant décrété qu’il ne devait plus y
avoir que 10 paroisses au lieu de 39 à Reims, elle fit partie de celles qui
furent conservées. Elle fut tour à tour écurie, caserne et prison pendant la
Révolution. Elle a récupéré une grande partie du mobilier de l’église Saint
Pierre le Vieil toute proche, détruite à
cette occasion et qui fut en son temps la plus vieille église de Reims. L’église
Saint Jacques redevint église paroissiale en 1802. En 1814, elle servi de
nouveau de prison pour des soldats de l’armée russe capturés par le général
Corbineau. Elle a été classée monument historique le 8/7/1912. Détruite à la
guerre 1914/1918, elle fut reconstruite entre 1921 et 1932 par l’architecte de
la ville Henri Deneux qui y fit un essai de charpente en béton en avance sur
son temps et précurseur de celui qu’il installa pour la charpente du toit de la
cathédrale incendiée en 1914. Le clocher fut reconstruit seulement en
1991/1994. L’église donne dans la rue Marx Dormoy actuelle qui porta plusieurs
noms au fil des ans dont rue des Tranchées, rigoles qui recueillaient l’eau de
pluie et malheureusement aussi les déjections des habitants. Le cimetière de
l’église Saint Jacques se situait à l’autre bout de la place, La porte de ce
cimetière se trouvait au niveau du cinéma Gaumont.
Une foire s’installa aussi sur la place par la grâce de l’archevêque. Elle s’appelait la foire de Saint Remi, sans rapport avec l’église. Elle n’est notée que depuis 991, Elle avait lieu près des remparts du faubourg Saint Eloi (angle de la rue du colonel Fabien et de la rue Martin Peller). Ce n’est que depuis cette date qu’on trouve des écrits sur le sujet. Une charte de 1149 parle de marchés hebdomadaires le vendredi et le samedi. En 1170, Henri de France la confirma. Une bulle du pape Léon XII atteste aussi d’un forum sur la place du même nom pour une semaine jusqu'à la sainte Célinie. Celle-ci, née en 470 était la mère de Saint Remi mais ne fit jamais l’objet d’un culte particulier à Reims.
Les taxes perçues étaient reversées aux hôpitaux pour lépreux Saint Ladre (hommes) et sainte Anne (Femmes) établis dans le quartier.
Mais très vite, on s’aperçut de l’intérêt majeur de transformer cette foire en véritable marché commercial. C’est l’archevêque Guillaume aux Blanches Mains qui décida que la grande foire se tiendrait désormais de la veille des Rameaux à la veille de Pâques sur le terrain de la Couture. Les lépreux y perdirent leurs subsides. Elle n’était pas malgré tout aussi importante que les grandes foires de Champagne de Troyes et Provins. Les petits métiers y installaient leurs produits variés, étoffes d’Italie, draps et toiles de la région. La foire périclita au 15ème siècle mais en 1619, la place s’appela « Cousture où se fait la foire »
A l’occasion de ces foires, la rue Large, actuelle rue Buirette, devint une annexe de la place de la Couture : les marchands y stationnaient leurs attelages.
On accédait à la place par plusieurs voies dont à l’est, la rue des Eleusz, connue avant 1358 devenue rue des Elus actuelle puis rue Condorcet en 1924 pour la partie comprise entre la place et la rue de Talleyrand après avoir porté 10 noms concomitants ou successifs. La rue de l’Etape au vin connue en 1765 devenue actuellement rue de l’Etape lorsque la vente du vin y périclita. Il existait aussi une impasse du Renard ou du Renard Blanc que certains historiens voyaient contre l’église Saint Jacques et d’autres à la place de la galerie d’Erlon actuelle. A l’ouest l’accès se fait par la rue de Thillois en 1765 également (4 noms concomitants) La rue Large (5 noms successifs) dédiée au moyen âge à l’entrainement des arbalétriers et la rue Chativesle ayant 2 acceptions : Soit le château de Vesle ou les jardiniers pouvaient se réfugier en cas de besoin, soit un dérivé de « cheoit-y-vesle car un bras de la rivière la rejoignait à cet endroit. Depuis 1920, plusieurs galeries commerciales privées se sont ouvertes de chaque côté de la place. Et pour clore ce paragraphe, signalons qu’une allée privée ouvre sous un chartil, prés d’une ancienne librairie prés du cinéma Gaumont. Elle circule parmi des jardins pour atterrir rue de Talleyrand prés de la piscine.
A la Croisée de la Couture au croisement de la rue de l’Etape, de la Couture et de la rue Large se trouvait une croix du 12ème siècle, placée en 1512 au centre de la Couture puis déplacée lors de la construction de la fontaine de Pouilly qu’elle surmonta. Levesque de Pouilly, 1691-1750 fut l’initiateur des fontaines dites « Godinot » Les plans de l’architecte Legendre prévoyaient une fontaine monumentale dont la taille dut être réduite. En 1793, la croix fut abattue. Un arbre de la Liberté fut planté mais presque aussitôt arraché. La ville promit une somme d’argent pour le retrouver, sans suite. La fontaine s’arrêta de fonctionner en 1842. La dernière fontaine « Godinot » disparut en 1844.
Ici, disons un mot sur ces fontaines dites « Godinot »
Au 2ème
siècle avant JC, les romains avaient construit un remarquable réseau
d’adduction d’eau en partant d’un aqueduc qui amenait l’eau de la Suippe à
Reims pour la distribuer à travers la cité par des tuyaux en plomb. A partir du
9ème siècle, la cité fut en butte aux attaques barbares qui
endommagèrent ce réseau et le coup fatal fut donné au 12ème siècle
par la destruction de l’aqueduc. L’autorisation fut alors donnée aux habitants
de creuser des puits individuels dans leur terrain. Mais, la présence près l’un
de l’autre des puits d’eau potable et des fosses d’aisance, sans compter les
égouts amena des contaminations de l’eau et des épidémies. Sur les ordres de
Sully, ministre d’Henri IV, un canal, faux bras de la Vesle, fut creusé sur 8
km depuis Sillery sous le nom de « Rivière Neuve » pour amener de
l’eau potable aux habitants. Mais l’œuvre ne fut pas achevée. Le canal s’arrêta
au pied des remparts Le conseil municipal s’en préoccupa en 1665 mais aucune
suite constructive ne fut donnée. Il fallut attendre le 18ème siècle
pour qu’un lieutenant des habitants, Levesque de Pouilly s’empare du problème.
Il contacta le chanoine Jean Godinot, qui venait d’être évincé du chapitre de
la cathédrale pour Jansénisme et dorénavant s’occupait de ses vignes dont il
commercialisait les vins et était devenu très riche. Celui-ci donna une somme
importante (230000 livres) pour la construction de 19 fontaines disséminées
dans la cité et contacta le père Féry, religieux des Minimes qui venait
d’inventer une machine élévatoire des eaux. Cette machine fut abritée dans un
bâtiment que l’on peut encore voir aujourd’hui à l’embranchement de l’avenue de
Champagne et de la bretelle de l’autoroute A4. La 1ère fontaine fut
construite place Saint Timothée en 1747 et fonctionna jusqu’en 1840. La ville
prit le relais en construisant un réseau public d’adduction d’eau entre 1874 et
1885, d’abord en prenant l’eau dans la Rivière Neuve puis dans une nappe d’eau
souterraine après sa découverte. Il y eut alors 1528 concessions individuelles
et 121 bornes.
En 1813, en l’honneur du chanoine on avait envisagé la construction d’une fontaine monumentale place de la Couture. On aurait utilisé les 2 figures allégoriques du sculpteur Pigalle du soubassement de la statue de Louis XV installée place Royale. Le tout étant surmonté d’un buste du chanoine. Ce projet ne fut pas réalisé.
Avant d’en finir avec la place de la Couture, je voudrais aborder un sujet moins réjouissant : La place était aussi un lieu d’exécution publique. Les justifiables étaient traités de 2 manières différentes : ceux condamnés à mort pour des délits ordinaires, vol de bétail par exemple, étaient revêtus d’une chemise blanche ; ceux condamnés pour crime de sang portaient une chemise rouge. En 1796, la guillotine fonctionna 4 fois. Le dernier « bénéficiaire » un jeune noble, Louis Joseph d'Eu de Montigny avait émigré et ayant pris connaissance de l’amnistie accordée dans ce cas, rentra à Reims mais se trompa de 2 jours et il tomba sur des pointilleux : avant l’heure, ce n’est pas l’heure.
Le 2ème fut Nicolas Muzard (15-07-1754) prêtre de Somme-Vesle. Il refusa de préter serment à la Constitution civile du clergé votée le 12-07-1790. Il fut déchu de ses fonctions. Suivirent 2 décrets le 26-08-1792, les prêtres dans son cas sont bannis de France. Il part en exil en Hollande mais il a le mal du pays. Il rentre en France en juin 1795 et reprend son sacaerdoce. Le 25 octobre 1795, une nouvelle loi punit de mort les prêtres exilés rentrés en France.Il se cache mais est arrété le 25 février 1796, condamné et guillotiné le 4 mars.
La dernière femme qui « bénéficia « de la pendaison fut Jeanne Delozanne (dite la "Grande Janette) le 11 février 1786, complice d’assassinat.
Nous arrivons maintenant à 1841. Date du baptême de la place sous le nom de place d’Erlon.
Ce nom de place d’Erlon aurait d’abord désigné une place sur l’emplacement du jardin Colbert actuel puis déplacé à son emplacement actuel. Il se trouvait primitivement hors les remparts du 3ème siècle. Il fut ensuite incorporé dans l’enceinte du 14ème siècle.
Parlons donc maintenant de celui qui a donné son nom à la place.
Jean Baptiste
François Drouet est né à Reims le 29 juillet
1765. Il n’était pas destiné à la vie militaire. Il fut d’abord apprenti
serrurier dans une échoppe de l’impasse aux Crocs (incorporée ensuite dans la
place des Marchés, future place du Forum) chez son oncle. Il s’est engagé
volontairement en 1792 Il conquit ses
grades sur les champs de batailles lors des campagnes napoléoniennes. Il
participa aux batailles de Fleurus, Eylau et Austerlitz et prit une grande part
dans la prise de Dantzig dont il reçut la capitulation. Il se distingua aussi à
Iéna. Il était général de brigade en 1802, général de division en 1803 et
devint comte d’Erlon. (Erlon était un petit village de l’Aisne avec 470
habitants en 1793, disparu depuis), Il fit toutes les batailles de l'empire. Il
fut le premier à reconnaître Napoléon à son retour de l’ile d’Elbe. Après la
capitulation de Paris, il s’exila et fut condamné à mort par contumace. Il devint propriétaire d'une brasserie près de
Munich. Gracié par Charles X après les 100 jours. Il fut rappelé par Louis
Philippe et devint Pair de France le 19 novembre 1831. Il termina sa carrière
militaire comme gouverneur de l'Algérie. Il fut élevé à la dignité de maréchal
de France le 9 août 1843. Il décéda à Paris le 25 janvier 1844. Sa dépouille
mortelle transférée au cimetière du Nord à Reims vit de somptueuses obsèques le
3 avril 1844. Le 24 mars 1849, le
conseil municipal décida qu’une statue de bronze, imposante, 11 mètres de haut,
serait implantée sur le terre-plein central de la place, au niveau de la rue de
Chativesle. Elle fut inaugurée le
28/10/1849.
En 1844, il y avait encore des potagers entre les remparts et la place.
En 1845, le peintre
Boulangé, de Verzy, présenta une très grande toile intitulée « les funérailles de Drouet
d’Erlon » Où est-elle actuellement ?
Pour l’arrivée du train à Reims. Les études ont commencé en 1834. Le choix du tracé depuis Paris se fit par Epernay pour desservir le camp de Chalons, considéré comme une priorité ; ce qui fut fait en 1849.
La ligne Reims Epernay dont la nécessité se faisait sentir ouvrit en 1854. Un premier projet faisait entrer la voie ferrée dans Reims par la rue du Barbâtre puis la rue de l’Université. La halte devait se situer place d’Erlon devant l’hôtel Continental mais on choisit un tracé par l’ouest qui obligea de creuser le tunnel de Rilly pour arriver à l’emplacement de la gare actuelle. Le trajet pour Paris se faisait en environ 4 heures.
En mai 1869 eut lieu le plus
important concours musical jamais vu en France avec 8000 chanteurs et musiciens
venus de toute la France et de Belgique. Ils défilaient dans les rue du centre
ville avec comme épicentre la place
d’Erlon. Ce concours se termina le 17 mai.
Après la guerre de 1870, la foire se transforma en magasins de pains d’épices, jouets pour enfants et produits alimentaires. Cette manifestation avait des annexes comme la foire aux vins rue de l’Etape aux Vins où les vignerons vendaient directement leur production. Puis lorsque cette pratique périclita, la rue prit le nom de rue de l’Etape et une autre annexe rue Large dans laquelle on exhibait toutes les découvertes récentes sur la vapeur, l’électricité, le cinéma, les rayons X, le gramophone. Cela se faisait dans des bâtiments de bois et de toiles que l’on appelait des » Versailles » On y trouvait aussi des manèges forains
De 1872 à 1884 il y eut deux lignes de tramway à cheval. 2 voitures ultra légères avec un plancher, un toit en toile et pas de bat-flancs et 5 bancs de 3 places. En avril 1873, on ajouta La ligne C ou ligne n°3 passant place D’Erlon ; elles étaient exploitées par la compagnie générale des omnibus. Ce projet avait été financé par l’anglais Jonathan Holden, patron d’une usine textile installée boulevard Dauphinot. Une des plus grosses de France, elle employait 1200 ouvriers.
De 1881 à 1901, il y eut des tramways
hippomobiles sur rails.
Puis de 1900 à 1930, des tramways électriques
sur 5 lignes.
Les lignes et les matériels
avaient souffert pendant la 1ère
guerre mondiale. Le service reprit en 1926.
En 1932, des
autobus prirent la suite jusqu’en 1936. Les mêmes véhicules reprirent du
service après guerre.
A noter que les
carcasses des motrices de tramway servirent en 1940 pour établir des barrages
sur les rues.
En 1880, il y eut des grèves très dures dans le textile pour obtenir des augmentations de salaire et le plafonnement à 11 heures du travail journalier. Les ouvriers se réunissaient dans un endroit de la place que l’on surnomma Champ de grève. Ces grèves ont été durement réprimées par la troupe.
On voyait depuis 1880, de nombreux kiosques à journaux qui, en fonction des besoins, avaient tendance à se déplacer : il y eut jusqu’à 6 kiosques place d’Erlon à des emplacements divers. Actuellement, le dernier kiosque se trouve place d’Erlon au coin de la rue de l’Etape.
En 1880 aussi des urinoirs apparurent à Paris, suivis quelques années plus tard à Reims. Le premier fut installé près d’un café (comme presque tous) à l’angle de la rue de l’Arquebuse et du boulevard du général Leclerc. Le dernier édicule du genre disparut à Reims dans les années 1950, il était installé sur le trottoir devant le Continental
De 1903 à 1906, la place subit une
transformation totale à la croisée de la Couture, La fontaine Levesque de
Pouilly fut abattue à l’ occasion de la construction d’une fontaine monumentale
que les opposants appelèrent une « monumentale horreur » érigée après concours suite à un don de 200000
francs or d’Auguste Subé, marchand drapier. La première pierre fut posée le 23
mai 1904 avec inauguration le 15 juillet 1906 avec de
nombreux ministres mais sans Monsieur Subé décédé en 1899. Un autre projet
avait été présenté qui aurait été financé par la profession du champagne mais
il fut recalé.
On voit sur cette fontaine Subé, 4 statues des rivières principales de la Marne : la Marne, la Vesle, l’Aisne et la Suippe que l’on gravât Suippes (avec un S final) par erreur sur le socle, et une victoire en bronze au sommet. A l’origine, les 4 fontaines délivraient de l’eau mais les conduites en plomb furent écrasées par le passage des véhicules et jamais remplacées. On s’aperçut alors que l’on ne pouvait pas voir la fontaine depuis la gare, étant donné la masse de la statue de Drouet D’Erlon. Celle-ci fut donc déplacée avec bien du mal à l’angle des boulevards Victor Hugo et Henri Vasnier, en plusieurs jours car le boulevard de la Paix est en montée. Elle avait été placée sur un chariot tiré par 3 chevaux ardennais. Elle passa plusieurs nuits dans un hangar avenue Jean Jaurès car de plus, le piédestal n’était pas prêt. Depuis, elle mène une vie tranquille dans son coin, oubliée de beaucoup de rémois.
La première braderie de Reims eut lieu sur la place d’Erlon et la rue de Talleyrand le 25/04/1927.
En aoùt 1933, on vit une fête foraine sur la place avec des manèges de chevaux de bois et de petites voitures
Pendant la guerre 1914/1918, la place a pratiquement été totalement détruite, sauf la fontaine Subé qui subsista. Pendant 4 ans, depuis le 4 septembre 1914, la ville fut détruite à plus de 80% et reçue environ 300 bombes ou obus par jour. En 1915, il n’y avait plus que 25000 habitants qu’il fallait bien ravitailler.
On a eu recours à une noria d’autobus De Dion Bouton de la régie des autobus parisiens qui apportaient l’alimentation à Reims. Le transport se faisait essentiellement de nuit pour éviter les incursions des Zeppelins. Dans la journée, ils stationnaient place d’Erlon entre l’église Saint Jacques et la fontaine Subé. La majorité des habitants ayant émigré pour se protéger des bombes, les habitants restants passaient leur vie dans les caves de champagne où se faisaient aussi les classes des écoles. Les séparations entre les pièces et les appartements se faisaient par des tapis tendus sur des cordes. Lors de l’évacuation totale de la ville ordonnée en 1917, il ne restait plus que le maire et quelques adjoints, la police, les pompiers rémois et parisiens.
En 1900. Sur la place était situé Le Palais Rémois, présenté comme cabaret/dancing/cinéma/théâtre qui existait déjà au 19ème siècle. Il a été reconstruit en 1921 et est devenu le cinéma Empire puis Gaumont.
L’hôtel du Grand Moulinet qui était sur le parvis de la cathédrale en fin 19ème siècle et qui fut rebaptisé « hôtel du Lion D’Or » avant la 1ère guerre mondiale sera reconstruit place d’Erlon près du cinéma pour devenir « le Grand Hôtel de Reims » sous le nom de « Lion d’Or » et recevra de nombreuses célébrités : Kroutschev, le général De Gaule, le chancelier allemand Adenauer, Tino Rossi et d’autres.
Pour permettre aux commerces de continuer à fonctionner, on construisit en 1922 des baraquements en bois de la maison Bessonneau d’Angers, connue pour ses hangars à avions et à dirigeables. Ces baraquements disparurent au fur et à mesure que la reconstruction le permettait ; les commerçants pouvaient réintégrer des immeubles en dur. Il y eut soit des baraquements avec seulement un rez de chaussée pour le magasin, soit avec un étage en plus où logeait le commerçant. La ville en était truffée.
Il faut noter qu’un
baraquement occupant tout le centre de la place entre la fontaine Subé et
le square Colbert regroupait les magasins à succursales multiples et les
comptoirs des grands magasins comme « les sœurs de la Charité ».
Notons aussi qu’un baraquement Bessonneau existait toujours contre le bâtiment d’une congrégation religieuse, implantée place des 6 Cadrans à l’emplacement d’un ancien cinéma, le Familial. Ce baraquement abritait jusque dans les années 60 un cordonnier. Le propriétaire du terrain, au décès de ce dernier fit démolir la baraque pour la remplacer par une affreuse barricade en tôle ondulée. Elle aurait pu être restaurée au titre de souvenir des années de guerre.
Entre les 2 guerres, on construisit un petit cinéma l’ac’cin (80 places-5 mètres de large) au 1er étage de la galerie de la FNAC actuelle essentiellement dévolu aux films de Charlie Chaplin ou Laurel et Hardy ou des actualités tout au moins au début. La caisse était sous l’escalier.
En 1926, un immeuble situé à l’angle de la rue Condorcet et de la rue Saint Jacques portait sur le toit une publicité lumineuse pour Contrexéville. C’était la première application de l’électricité à la publicité, puis une publicité pour le cinéma Opéra. Cet équipement existe toujours. Pour la reconstruction de la ville, on fit appel à plus de 200 architectes de toute la France qui appréhendèrent l’art nouveau à leur façon. 2 architectes de la ville, messieurs Rigaud et Bedarida en firent un relevé exhaustif dans leur livre « Reims Reconstruction 1920/1930. » On peut dire que Reims est la capitale de l’art déco. Aucune façade n’est semblable. Et je vous engage à regarder en l’air. Je vous signale au passage que l’office de tourisme organise des visites guidées sur le thème de l’art déco.
Le 20 avril 1941, un collégien du lycée Jolicoeur (collège Roosevelt actuellement) planta un drapeau français avec croix de Lorraine dans les bras de la statue qui couronnait la fontaine Subé. Des représailles suivirent.
En 1942, la fontaine Subé perdit sa victoire ailée, emportée par les allemands comme une dizaine d’autres œuvres en bronze pour devenir canon vraisemblablement. La statue de Drouet d’Erlon n’était plus sur la place pendant la 2ème guerre mondiale, mais eu égard à sa présence sur la place de 1849 à 1910, je signale que les allemands avaient prévus aussi son envoi en Allemagne mais n’osèrent pas agir autoritairement. De longues tractations eurent lieu avec le conseil municipal, les Allemands finissant par proposer son remplacement par une statue en pierre. Les choses trainant en longueur, la libération arriva et la statue en bronze resta à sa place.
En 1954, il fut question de démolir la fontaine pour faciliter la circulation. Il n’en fut heureusement rien, le conseil municipal votant pour la conservation le 26/02/54. En 1989, une victoire ailée en matériaux composites fut réinstallée au sommet, une fleuriste du cours Langlet ayant gardé une maquette de l’original.
Pendant cette 2ème guerre mondiale, un restaurant, le Coq Hardi installé à gauche de l’église Saint Jacques offrait de temps en temps un repas à des femmes de prisonnier ou des veuves et à leurs enfants.
Le 30 août 1944, les américains de la 3ème
DB du général Patton sont entrés dans Reims vers 2 heures du matin. Quelques jours auparavant
les merceries avaient été dévalisées de tissus bleu, blanc, rouge et les femmes
avaient confectionné clandestinement des
drapeaux qui ont été mis prestement aux fenêtres et balcons. La fontaine Subé
fut décorée d’une grande banderole tricolore. Le nouveau sous préfet de Reims,
Pierre Schneiter décréta la suspension des 2 journaux collaborationnistes.
L’un était l’Eclaireur de l’est qui existait depuis 1888. Il avait ses bureaux et ateliers sur la place, en face de l’Empire qui furent immédiatement réquisitionnés par la Résistance qui avait en parallèle édité pendant une bonne partie de la guerre un journal clandestin, l’Union Républicaine. Dés midi, une édition revisitée avec le V de la victoire était imprimée et distribuée. Il comportait un éditorial du colonel Bouchez, chef de la Résistance dans la Marne et de Monsieur Michel Sicre, nouveau maire. Quelques jours plus tard, le journal fut rebaptisé « l’Union « journal issu de la Résistance, 6 organismes s’étant réunis. L’ancien directeur propriétaire s’appelait Monsieur Paul Marchandeau, ancien maire de la ville et ancien ministre qui échappa à de lourdes peines contrairement à plusieurs journalistes. Il aurait rendu quelques services à la Résistance. Le bâtiment existe toujours en face du Gaumont, les services du journal ayant déménagé.
Le 2ème
journal s’appelait le « Nord-est », lui aussi installé place d’Erlon
dont le directeur, Monsieur Maurice Noirot fut déporté, ce qui amena des
sanctions moins sévères.
Les établissements Goulet-Turpin, toujours avides de publicité firent distribués dès le début de l’après-midi du 30 août, des képis de capitaine en carton à leur sigle. Il y eut donc pendant quelques temps une flopée de fringants capitaines de 10/12 ans qui arpentaient fièrement les rues de la ville, quelquefois avec une épée de bois.
Toujours à la
pointe du progrès, ces établissements ouvrirent dans les années 1950, 2
magasins : L’un à l’angle de la rue Marx Dormoy et de la rue de Vesle
comme self service alimentaire et l’autre contre l’immeuble de l’Union, place
d’Erlon comme restaurant self service. Ils étaient parmi les premiers de
France.
En 1982, une fontaine fut érigée en
haut de la place vers l’église Saint Jacques qui fut baptisée fontaine de la
Solidarité. Pour la petite histoire, le syndicat F.O la rebaptisa « Solidarnosc »
en 1983 pour marquer les événements qui se passaient en Pologne à la même
époque.
Le reste est de l’histoire contemporaine que je vous laisse le soin de revisiter. Il y aurait encore beaucoup à dire mais j’aurais peur de vous lasser. Il ne reste plus qu’à fermer ce document. Je vous remercie de m’avoir lu.
magnifiques souvenirs merci
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